Comprendre le concept d’AI Marketing: entre promesses et réalité
L’intelligence artificielle a été présentée comme une révolution silencieuse dans le domaine du marketing digital. Des plateformes comme AI Marketing ont profité de cette tendance pour proposer des systèmes prétendument automatisés, capables de générer des revenus sans intervention humaine.
Leur discours était simple: un bot analysait les comportements des consommateurs sur Google, Instagram ou Yandex, identifiait les opportunités publicitaires les plus lucratives, et investissait en temps réel pour maximiser les rendements. Le tout, avec un cashback de jusqu’à 35 % par mois.
Il ne s’agissait pas d’un simple programme de parrainage traditionnel. Ce modèle s’appuyait sur une technologie supposée avancée, le « MarketBot », présenté comme un algorithme autonome capable de trader des espaces publicitaires comme un trader professionnel. Les utilisateurs étaient invités à financer des campagnes, non pas en achetant des clics, mais en « investissant » dans des paquets de publicités.
La promesse? Des retours garantis, sans effort, sans connaissance technique, sans risque.
Cette logique repose sur une illusion: l’idée que le marketing digital peut être réduit à une équation mathématique, où l’IA remplace l’humain dans la prise de décision. Or, les campagnes publicitaires efficaces nécessitent une compréhension fine des marchés, des segments de clientèle, des saisons, des tendances culturelles.
Un bot ne peut pas anticiper une crise géopolitique qui fait s’effondrer les ventes d’un produit, ni ajuster un message en fonction d’un événement médiatique soudain. Ce que la plateforme appelait « optimisation intelligente » était en réalité une boîte noire opaque, dont le fonctionnement interne n’a jamais été vérifié par un tiers indépendant.
Les différentes manières de « gagner de l’argent » avec l’AI Marketing
AI Marketing ne proposait pas un seul moyen de générer des revenus, mais trois, entrelacés de façon à créer une dépendance progressive.
Le premier levier était le cashback. En effectuant un achat via un lien affilié sur un site partenaire — souvent des plateformes d’e-commerce peu connues ou des sites de vente en ligne basés dans des juridictions à régulation faible — l’utilisateur recevait un pourcentage de sa dépense.
La promesse était de 5 à 15 % de retour, mais les conditions de retrait étaient si restrictives qu’il fallait accumuler des milliers d’euros avant de pouvoir demander un virement. Et même alors, les délais pouvaient atteindre 90 jours.
Le deuxième levier était ce qu’on appelle le « retour sur investissement ». Un utilisateur pouvait verser 100 €, 500 € ou 2 000 € pour « financer une campagne publicitaire ». Selon le site, cela permettait d’acheter des espaces publicitaires sur Google Ads ou TikTok.
En théorie, les bénéfices générés par ces campagnes étaient redistribués aux investisseurs. En pratique, les revenus annoncés étaient fictifs. Les chiffres affichés sur les tableaux de bord étaient générés par des algorithmes internes, sans lien avec des transactions réelles.
Les utilisateurs voyaient leurs « gains » augmenter, mais ne pouvaient jamais les convertir en argent liquide.
Le troisième levier, et le plus pernicieux, était le système de parrainage. Chaque nouvel inscrit recruté par un membre rapportait une commission de 10 à 15 % sur son premier investissement. Puis, une commission de 5 % sur les investissements des personnes recrutées par le nouveau membre, et ainsi de suite, jusqu’à cinq niveaux.
Ce mécanisme, typique des pyramides de Ponzi, transformait la plateforme en un réseau de recrutement. Ce n’était plus la technologie qui rapportait de l’argent — c’était les nouveaux venus.

Les signes avant-coureurs d’une arnaque: pourquoi la prudence était de mise
Les indices d’arnaque étaient multiples, mais souvent ignorés par les investisseurs attirés par des promesses de richesse rapide. Le premier signal d’alerte était la simplicité excessive du modèle. Rien ne demandait d’effort.
Pas de formation, pas de stratégie, pas de suivi. Un simple dépôt, et le bot faisait le reste. C’est exactement le genre de promesse que les escrocs utilisent pour cibler les personnes en quête de sécurité financière, souvent âgées ou peu familiarisées avec le numérique.
Le deuxième indice était l’opacité totale du fonctionnement. Le site ne fournissait aucune preuve technique du « MarketBot ». Pas de démonstration, pas de capture d’écran du code, pas de lien vers un brevet, pas de description du type d’algorithmes utilisés.
Aucune entreprise sérieuse en intelligence artificielle ne pourrait fonctionner ainsi. Les start-ups d’IA publient des articles, des démonstrations, des cas d’usage. AI Marketing, lui, se contentait de vidéos de personnes souriant devant leur ordinateur, affichant des chiffres en hausse.
Le troisième indice était la nature des partenaires. Les sites partenaires évoqués — comme « GlobalBuyPro », « SmartCart », ou « EcoShop » — n’existaient pas sur les annuaires commerciaux, ni sur les bases de données des autorités de régulation. Certains étaient des sites créés sur des plateformes gratuites, avec des noms en anglais mal orthographié, et sans lien avec aucune entreprise réelle.
L’idée qu’une marque internationale paie une plateforme pour qu’elle fasse du cashback à ses clients est absurde. Les marques payent des influenceurs, pas des bots anonymes.
Le rôle du parrainage et la structure pyramidale
Le système de parrainage n’était pas un complément à la plateforme — il en était le moteur central. Sans recrutement, les revenus ne pouvaient pas être distribués. Les premiers utilisateurs, ceux qui avaient rejoint la plateforme en 2018 ou 2019, ont effectivement perçu des paiements.
Mais ces paiements provenaient des nouveaux inscrits, pas des revenus publicitaires. C’est la définition même d’une pyramide de Ponzi: les fonds des nouveaux venus servent à payer les anciens, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus assez de nouveaux pour maintenir le système.
Les ambassadeurs de la plateforme — souvent des micro-influenceurs sur YouTube ou TikTok — ont joué un rôle décisif. Ils partageaient des vidéos de « retrait réussi », avec un chèque de 50 € en main, accompagné de phrases comme: « Je n’ai jamais gagné autant en un mois! ». Ces vidéos étaient payées.
Certains témoignages ont été révélés comme étant des acteurs rémunérés, recrutés par des agences spécialisées dans la promotion de plateformes douteuses. Leur objectif: créer une illusion de légitimité.
De plus, le système était conçu pour rendre la sortie impossible. Pour demander un retrait, il fallait avoir recruté au moins trois personnes. Pour doubler son investissement, il fallait atteindre un certain niveau de recrutement.
Ce mécanisme transformait les investisseurs en vendeurs. Beaucoup ont dépensé des centaines d’euros en publicité sur Facebook pour attirer des nouveaux. Certains ont même emprunté de l’argent pour maintenir leur statut dans le réseau.
Le piège était complet: plus on investissait, plus on devait recruter. Et plus on recrutait, plus le système devenait instable.
Le manque de transparence et les zones d’ombre juridiques
Wexford Alliance Limited, l’entité derrière AI Marketing, était enregistrée à Hong Kong, mais n’avait aucun bureau physique connu. Le numéro de téléphone fourni sur le site était un service de répondeur automatisé. L’adresse postale était un simple boîtier virtuel.
Lorsque des victimes ont tenté d’obtenir des documents légaux — comme un certificat de conformité ou un agrément financier — elles n’ont reçu aucune réponse.
En 2021, plusieurs pays ont lancé des alertes: la Banque centrale d’Angleterre, l’Autorité des marchés financiers en France, et l’Autorité de régulation des marchés financiers de Hong Kong ont tous publié des mises en garde. Aucune de ces autorités n’avait délivré de licence à AI Marketing.
L’absence d’autorisation est un signe fondamental d’illégalité. Une entreprise qui gère des fonds d’investissement doit être régulée. Cela ne fait pas de doute.
En outre, les transferts d’argent étaient effectués via des portefeuilles cryptés, souvent en Bitcoin ou en USDT. Cette méthode permettait d’éviter la traçabilité bancaire. Une fois l’argent transféré, il était presque impossible de le récupérer.
Les plateformes de cryptomonnaie ne peuvent pas annuler une transaction. Et les opérateurs de la plateforme, eux, avaient disparu.

La débâcle d’AI Marketing Network: un effondrement prévisible
En mars 2022, le site AI Marketing a cessé de fonctionner. Le serveur est tombé. Les liens d’accès ont été désactivés.
Les forums d’entraide ont été supprimés. Les administrateurs ont disparu. Ce n’était pas une panne technique.
C’était une fuite organisée.
Les premiers à le remarquer ont été les utilisateurs qui tentaient de retirer leurs fonds. Le bouton « Retirer » n’était plus actif. Les e-mails envoyés à l’assistance restaient sans réponse.
Sur les forums, les messages se sont multipliés: « Mon compte est bloqué », « Je n’ai plus accès », « J’ai investi 8 000 €, où est mon argent? ». Certains ont contacté des avocats. D’autres ont déposé des plaintes auprès de la police.
Les données de l’association Signal Arnaques montrent que plus de 12 000 personnes ont signalé une perte liée à AI Marketing. Les pertes moyennes s’élevaient à 2 300 €. Mais certains cas étaient extrêmes: des personnes ayant investi plus de 70 000 €, souvent après avoir recruté des dizaines de membres de leur entourage — famille, amis, collègues.
Ces victimes ont non seulement perdu de l’argent, mais aussi des relations sociales.
Les leçons à tirer pour les investisseurs en 2026
L’histoire d’AI Marketing n’est pas une exception. Elle fait partie d’une longue série de schémas de ce type, de Zipper à Liyeplimal, en passant par Meoclic. Ce qui change, ce n’est pas le modèle, mais les moyens de le dissimuler.
Aujourd’hui, les escrocs utilisent l’IA, les réseaux sociaux, et les témoignages trompeurs pour donner une apparence de modernité à des arnaques vieilles de décennies.
La première leçon est simple: si un système promet des rendements élevés sans risque, c’est une arnaque. Les marchés financiers sont imprévisibles. Même les meilleurs fonds d’investissement ne garantissent jamais 35 % de rentabilité mensuelle.
Un rendement de 5 % par an est déjà considéré comme excellent sur le long terme. Rien ne justifie un tel écart.
La deuxième leçon est la transparence. Une entreprise légitime publie son équipe, ses locaux, ses partenaires, ses certificats. Elle répond aux questions.
Elle accepte d’être auditée. AI Marketing n’a jamais fait ça. Si une plateforme refuse de fournir des informations de base, c’est un drapeau rouge.
La troisième leçon est la psychologie du recrutement. Les arnaques ne se gagnent pas par la technologie. Elles se gagnent par la pression sociale.
Quand un ami, un cousin, un collègue vous dit qu’il a gagné de l’argent, vous avez tendance à croire. Mais ce que vous ne savez pas, c’est qu’il a probablement été payé pour le dire. Et qu’il est lui-même piégé.
Comment identifier les arnaques de type Ponzi et les investissements douteux?
Voici cinq signes d’alerte à vérifier avant tout investissement en ligne:
- Rendements irréalistes: Sans risque, 20 % par mois? C’est impossible.
- Manque de transparence: Pas d’équipe, pas d’adresse, pas de références vérifiables.
- Pression au recrutement: Plus vous recrutez, plus vous gagnez. C’est une pyramide.
- Difficultés à retirer: Des délais de 90 jours? Des conditions impossibles? C’est un piège.
- Utilisation de cryptomonnaies: Transferts irréversibles, sans traçabilité. Un choix typique des escrocs.
Un bon test: demandez-vous ce que vous seriez prêt à faire si la plateforme disparaissait demain. Si vous pensez « je perdrais de l’argent », alors vous êtes déjà dans un risque élevé. Si vous pensez « je ne m’attendais pas à gagner », alors vous êtes sur la bonne voie.
Que faire si vous êtes victime d’une arnaque financière?
Si vous êtes concerné, ne perdez pas de temps. Agissez immédiatement.
Commencez par rassembler toutes les preuves: captures d’écran de votre compte, relevés de paiement, e-mails avec l’assistance, liens vers les vidéos de recrutement. Ces éléments sont essentiels pour toute procédure légale.
Ensuite, contactez votre banque ou votre plateforme de paiement. Expliquez que vous avez été victime d’une fraude. Certains établissements peuvent tenter de bloquer les transactions ou de rembourser dans les 30 jours suivants, surtout si la transaction date de moins de 120 jours.
Signalez l’arnaque sur les plateformes officielles: Signal Arnaques en France, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) pour les données personnelles, ou l’Autorité des marchés financiers (AMF). Ces entités collectent les témoignages pour identifier des schémas récurrents.
Si votre perte est importante, consultez un avocat spécialisé en droit financier. Certains cabinets proposent des actions collectives contre les plateformes douteuses. Même si la récupération est incertaine, faire un signalement permet d’éviter que d’autres personnes soient piégées.
La réalité de l’IA dans le marketing en 2026
Mais attention: ne confondez pas l’arnaque avec la technologie. L’intelligence artificielle est un outil puissant dans le marketing. Des entreprises comme Amazon, Google ou Shopify utilisent des algorithmes pour personnaliser les recommandations, optimiser les prix, ou prévoir la demande.
Ces systèmes sont transparents, régulés, et fonctionnent dans un cadre légal.
La différence? L’objectif. Les entreprises légitimes cherchent à améliorer l’expérience client.
Les arnaques cherchent à extraire de l’argent. L’une utilise l’IA pour servir, l’autre pour tromper.
En 2026, les outils d’IA pour le marketing sont de plus en plus accessibles. Des plateformes comme HubSpot, Klaviyo ou Mailchimp offrent des fonctionnalités d’automatisation simples, gratuites ou peu coûteuses. Il n’y a aucun besoin de recourir à des sites mystérieux qui promettent la richesse sans effort.
Apprendre à utiliser un outil légitime prend du temps. Mais c’est un investissement qui porte ses fruits. Suivre une formation sur le storytelling en marketing, par exemple, vous donnera des compétences durables. Lire notre guide sur les 10 étapes pour un bon storytelling en marketing de réseau.
Cela ne vous rendra pas riche du jour au lendemain. Mais cela vous rendra autonome.

Questions fréquentes
AI Marketing a-t-il été fermé officiellement par une autorité?
Non. La plateforme a simplement cessé de fonctionner. Aucune décision judiciaire publique n’a été rendue.
Cela est typique des arnaques: elles disparaissent avant d’être poursuivies.
Peut-on récupérer son argent après la fermeture d’AI Marketing?
Les chances sont extrêmement faibles. Les fonds ont été transférés vers des portefeuilles cryptés, et les opérateurs sont introuvables. Les actions collectives en cours n’ont pas encore permis de rembourser les victimes.
Les vidéos de personnes qui « retirent » de l’argent sont-elles authentiques?
La plupart ne le sont pas. Les vidéos ont été tournées avec de l’argent factice, ou avec des sommes minimes (50 €) qui ne reflètent pas l’investissement réel. Les « retraits » sont des mises en scène.
Pourquoi les gens continuent-ils de croire à ce genre de plateformes?
Parce qu’elles exploitent l’espoir. Beaucoup ont subi des difficultés économiques. Elles cherchent une solution rapide.
L’IA fournit un vernis de modernité qui rassure. Mais la technique ne change pas la nature du piège.
Est-ce que tout ce qui utilise l’IA est une arnaque?
Non. Des entreprises sérieuses utilisent l’IA pour améliorer la qualité de leurs services. La différence est dans la transparence, la régulation, et la finalité.
L’IA n’est pas un signe de légitimité. C’est un outil. Et un outil peut être utilisé pour bien faire… ou pour tromper.
Comment savoir si une plateforme de marketing est légitime?
Consultez les registres officiels. En France, vérifiez sur le site de l’AMF. En Europe, vérifiez sur le registre des établissements financiers de l’ESMA.
Si l’entreprise n’y figure pas, ne l’utilisez pas.
Est-ce qu’un système de parrainage est toujours une arnaque?
Non. Les ventes directes traditionnelles, comme Avon ou Pampered Chef, fonctionnent avec un parrainage. Mais elles vendent des produits réels, avec des prix clairs, et sans promesse de rendement sur investissement.
Le parrainage n’est pas un problème — c’est le modèle économique qui l’est.
Le « cashback » est-il une arnaque?
Non. Des plateformes comme Rakuten ou Ibotta proposent du cashback légitime, avec des partenaires connus, des conditions claires, et des retraits immédiats. Le problème avec AI Marketing, c’était l’absence de partenaires vérifiables et les conditions de retrait impossibles.
Pourquoi les autorités ne ferment-elles pas ces plateformes plus vite?
Parce qu’il faut prouver la fraude. Cela prend des années. Pendant ce temps, des milliers de personnes investissent.
Les autorités agissent souvent trop tard. La meilleure protection, c’est la prévention.
Que faire si un ami me propose d’investir dans AI Marketing?
Écoutez-le, mais ne le jugez pas. Expliquez-lui ce que vous avez appris. Montrez-lui les témoignages de victimes.
L’arnaque ne se gagne pas par la force — elle se gagne par l’isolement. Briser cet isolement, c’est la meilleure façon de sauver quelqu’un.